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 La Bible et les Bibles : histoire du texte des origines à l'époque patristique 
source: http://www.holoweb.net/~liam/pictures/oldbooks/pictures-of-old-books/pages/p7110004-geneva-bible-picture/1712x1368.html

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  • tableau comparatif TM/LXX/Vulgate/Segond/BJ
  • schéma sur l'histoire de la tradition textuelle de la Septante
  • tableau de canons de la Septante chez des témoins anciens
  • tableau des livres LXX par date de traduction
  • témoignages anciens sur la LXX
  • Vulgate et traductions hiéronymiennes

PLAN
Introduction
I. La (les) Bible(s) hébraïque(s)
A. Le TaNaK
1. le contenu de la Bible hébraïque
2. la fermeture du canon
B. La tradition textuelle du texte hébraïque
1. massore et signes massorétiques
2. Les témoins du texte protomassorétique connus avant 1947
3. Les manuscrits de Qumrân
II. La (les) Bible(s) grecque(s)
A. Le texte de la LXX
1. Le nom de LXX et la Lettre d’Aristée
2. Contenu : canon hébraïque et livres deutérocanoniques
3. Différences avec le texte protomassorétique



4. Une période de rédaction très étendue
5. Les témoins du texte de la LXX
B. Révisions et recensions de la LXX
1. Révisions juives: Théodotion, Aquila, Symmaque
2. Recensions chrétiennes: Hexaples et recension origénienne
III. Les Bibles latines
A. Les Vieilles Latines, ou la Bible grecque traduite en latin
1. origines africaines de la Vetus Latina
2. vitiosissima varietas
3. témoins des Vieilles Latines
B. Jérôme (347-420) et la Veritas Hebraica
C. Le compromis de la Sixto-Clémentine

Introduction

L’étude de l’histoire du texte biblique peut s’ouvrir sans inconvénient par l’étymologie du nom de la Bible, très souvent reprise, mais si riche de sens qu’elle est incontournable.
Βιβλίον, ου (τό), c’est le livre, et si l’on remonte encore, βίβλος, ου (ἡ) c’est l’écorce intérieure du papyrus, sur laquelle on copie des textes. Ce livre par excellence, révérée comme une entité bien établie, ce monument de la littérature mondiale, est aux débuts de son histoire une parole fragile, un texte fluctuant, morcelé, soumis à des feuilles de roseaux et aux variations de copistes qui travaillent souvent sans concertation.
Mais le nom du Livre dit aussi qu’il est à lui seul une… bibliothèque : le substantif singulier latin, biblia, ae (f), d’où provient directement le mot « Bible », est en effet issu d’un pluriel neutre grec, τὰ βιβλία, les livres. De fait la Bible est un ensemble de livres distincts, dont la liste, le « canon », varie selon les époques, les lieux et les confessions, du judaïsme au christianisme, mais aussi à l’intérieur même du christianisme. Sa pluralité ne s’arrête pas là : rédigés sur une période de plus de mille ans, à partir d’une tradition en partie orale, de sources manuscrites différentes, avec des auteurs différents, parfois plusieurs pour un même livre, les écrits qui la composent ont souvent une allure de patchwork ; ils relèvent de genres littéraires très variés, de l’épopée au poème, en passant par les récits historiques, les discours ; ils ont été écrits aussi dans des langues différentes – hébreu, araméen, grec –, conservés sur des supports différents – papyrus, codex –. L’origine de ce texte qui va devenir une référence universelle est un véritable foisonnement.

L’objectif de cette page est de démêler l’écheveau dans l’émergence des textes bibliques : y seront retracées les grandes lignes de la transmission du texte biblique jusqu’à l’époque patristique. Il existe des ouvrages de vulgarisation présentant les manuscrits de la Bible, les canons, et pour chaque question, des ouvrages spécialisés permettront un approfondissement. Mais notre perspective spécifique ici est de donner des outils pour comprendre à quels textes scripturaires les auteurs anciens avaient accès, et comment la réception par eux de ces textes a pu façonner l’histoire de ces derniers.

Ce sont les langues utilisées qui dessineront le plan de cet exposé : d’abord le texte hébreu, puis le texte grec, puis le texte latin.
Pourquoi ce choix ? Commencer par l’hébreu s’impose naturellement, puisqu’il s’agit de la langue originelle de rédaction des plus anciens textes de la Bible. Le grec est également langue de rédaction originelle d’une partie des textes de ce que les chrétiens appellent l’Ancien Testament, et de l’ensemble du Nouveau Testament ; mais nous le considérerons surtout ici en tant que langue de version, à partir de l’hébreu, car la traduction dite des LXX est sans doute la plus ancienne des versions bibliques, et en tout cas celle appelée à la plus grande postérité. Quant au latin, langue de version elle aussi, à partir du grec ou de l’hébreu, c’est à la fois en raison de sa valeur pour notre connaissance du texte grec et en raison de son influence sur la culture occidentale, spécialement patristique, qu’elle a été retenue aussi, au détriment des versions syriaque, copte, éthiopienne, arménienne, arabe, etc.

S’il s’agit bien sûr d’un classement chronologique, il conviendra de garder en mémoire que les périodes de constitution des corpus de ces langues se chevauchent, et que bien souvent il y a interaction entre leurs traditions textuelles. C’est vrai pour la Bible des LXX, qui naît alors que le canon hébreu n’est pas encore clos, que le texte hébreu fluctue encore : pendant six siècles, Bibles en hébreu et en grec ont coexisté dans le judaïsme, elles « ont vécu d’une vie jumelle, parallèle, interactive (M. Harl, Avant-propos de La Bible des LXX, p. 9) » ; c’est vrai pour les versions latines, qui naissent de textes grecs non unifiés. De même, la Bible hébraïque continue à exister après la fermeture de son canon, parallèlement au développement des versions. Nous verrons tout au long de cette étude à quel point il faut se garder de tout schématisme et de toute rigidité en matière d’ecdotique biblique !

Une remarque enfin : nous accorderons très peu de place au Nouveau Testament en tant que tel, puisque nous nous concentrons ici sur le texte issu de l’hébreu, dont l’histoire commence environ mille ans avant notre ère ; le Nouveau Testament, dont la tradition textuelle, en grec et seulement bien sûr à partir du Ier siècle de notre ère, faisant pour ainsi dire « accessoirement » partie, dans notre optique, des grands onciaux de la LXX ou des versions latines que nous évoquerons. Nous renvoyons, pour une initiation à l’étude spécifique de l’histoire textuelle du Nouveau Testament, à l’excellent ouvrage de Philippe Mercier et Roselyne Dupont-Roc, Les Manuscrits de la Bible et la critique textuelle, Cahiers Évangile 102, 1997.

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I. La (les) Bible(s) hébraïque(s)

A. Le TaNaK : le canon de la Bible hébraïque

Notre point de départ sera l’histoire du texte hébreu, qui a abouti aux éditions modernes de référence que sont la Biblia Hebraica K, la Biblia Hebraica Stuttgartensia et la Biblia Hebraica Quinta.
Ces éditions donnent ce que l’on appelle le texte massorétique (sigle : TM), ou textus receptus des 928 chapitres, répartis en 24 livres, du TaNaK, acronyme pour Torah-Neviim-Ketouvim, du nom des trois grandes parties que les juifs distinguent dans la Bible.

1. le contenu de la Bible hébraïque

TORAH (Loi)

Bereshit (Au commencement)

Shemot (Les Noms)

Vayyiqra (Il appelle)

Bemidbar (Dans le désert)

Devarim (Les paroles)

NEVIIM (Prophètes)

RISHONIM (antérieurs)

Yehoshua (Josué)

Shophtim (Juges)

Shemouel (Samuel I et II)

Melakim (Rois I et II)

AHARONIM (postérieurs)

Yeshayahou (Isaïe ou Esaïe)

Yirmeyahou (Jérémie)

Yehèzq'él (Ezéchiel)

Douze prophètes : Hoshéa, Yoel, Amos, Obadiya, Yonah, Mikayahou, Nahoum, Habaquq, Zephaniyah, Haggay Zakariyah, Malaky

KETOUVIM (Ecrits ou Hagiographes)

Tehilim (Psaumes ou Louanges)

Yob (Job)

Meshalim (Proverbes)

Megillot (les 5 rouleaux, lus lors des fêtes)

Ruth (Ruth)

Shir hashirim (Cantique)

Qohélet (Ecclésiaste)

Ekah (Lamentations)

Esther (Esther)

 

Daniel (Daniel)

Esra Néhémiyah (Esdras Néhémie)

Dibré hayamim (Chroniques I et II)

a. La Torah (5 livres)

C’est le cœur même de la Bible juive : son nom, que le grec rend de façon un peu restrictive par νόμος, « la Loi », vient de la racine yârâh, qui signifie « enseigner, instruire ». Elle comporte 5 livres, et pour cette raison a été appelée « Pentateuque », ἡ πεντάτευχος (βίβλος), « le livre composé de 5 rouleaux » : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome, qui retracent les origines de l’humanité puis du peuple hébreu et indiquent les 613 préceptes constituant la Loi divine.
L’ensemble de ces textes est attribué à Moïse ; en fait, leur rédaction écrite, après une longue période de transmission orale, a sans doute commencé beaucoup plus tard, à l'époque monarchique, vers -1000 ; après la mort de Salomon, des traditions différentes se sont développées dans le Royaume du Nord (élohiste) et le Royaume du Sud (yahviste). Pendant et après l’Exil, après la chute du Royaume du Sud en -587, le besoin d’unifier les écrits s’est fait sentir. Vers 450, les documents fusionnent grâce aux scribes comme Esdras, et la Torah est constituée.

b. Les Neviim ou Prophètes (8 livres)

Avec la monarchie apparaissent les prophètes, porte-parole de Dieu, contre-pouvoir face aux rois avec lesquels ils forment de véritables couples antithétiques : Samuel/Saül ; Nathan/David ; Jérémie/Josias, etc. La Bible hébraïque distinguent deux groupes de textes :
les Prophètes antérieurs: les livres de Josué, des Juges, les deux livres de Samuel et les deux livres des Rois, qui retracent l’histoire du peuple hébreu de son installation en Terre Promise jusqu'à la chute de Jérusalem en 587 et l'Exil à Babylone. Ces livres sont dits prophétiques car les interventions des prophètes comme Nathan, Elie, Elisée, auprès des Juges et des Rois, y sont narrées. La tradition chrétienne appellera ces livres « historiques » et non « prophétiques ».
les Prophètes postérieurs : les livres d’Isaïe, Jérémie, Ezéchiel, et des douze « petits » prophètes, qui illustrent la lutte des prophètes envoyés par Dieu pour dénoncer les injustices, la corruption, l’immoralité en Israël et après le retour d’exil, lutter contre le syncrétisme religieux. Cette fois ce sont les paroles mêmes des prophètes qui sont transcrites, sans doute par des disciples plutôt que par eux-mêmes.
Vers -300, c’est la fin de la prophétie : la crise macchabéenne ne suscite aucun prophète.

c. Les Ketouvim ou Ecrits (9 ou 11)

Jusque vers -100, peut-être même plus tard, se développent des écrits de genres variés :
- les Psaumes, attribués à David mais liés à la liturgie du premier et du second Temple
- des œuvres de sagesse, attribuées à Salomon : les Proverbes, composés sans doute avant -400 ; plus tard le Cantique des Cantiques ; l’Ecclésiaste.
- les livres de Job, Esther, Ruth, les Lamentations
- une apocalypse, le livre de Daniel
Autour de la crise macchabéenne de 167, une littérature de combat, riche en récits codés, voit le jour . La littérature prophétique a cédé la place à une littérature apocalyptique, avec ses visions complexes et obscures, qui ne sera représentée dans le corpus biblique que par le livre de Daniel, rédigé en araméen vers 160 ; le thème du messianisme se développe tardivement.

2. la fermeture du canon

a. Etablissement de la division tripartite

Cette distinction tripartite est attestée dans différents documents anciens, que nous présentons ici en remontant dans le temps :
a. Dans le chapitre 24 de l’Evangile de Luc, rédigé au Ier siècle de notre ère, elle est reprise par le Christ s’adressant aux disciples d’Emmaüs :
« 25Alors il leur dit: ‘Esprits sans intelligence, lents à croire tout ce qu'ont annoncé les Prophètes! 26Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire?’ 27Et commençant par Moïse [ἀπὸ Μωϋσέως,Torâh] et parcourant tous les Prophètes [ἀπὸ πάντων τῶν προφητῶν, Nevvîîm], il leur interpréta dans tous les Ecrits [ἐν πάσαις ταῖς γραφαῖς, Ketûvîm] ce qui le concernait. »
« 44Il leur dit : ‘Telles sont bien les paroles que je vous ai dites quand j'étais encore avec vous: il faut que s'accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes [ἐν τῷ νόμῳ Μωϋσέως καὶ τοῖς προφήταις καὶ ψαλμοῖς]’. »
b. Dans le Prologue du Siracide, écrit entre 132 et 117 avant notre ère par le traducteur grec de ce livre, on peut lire :
« 1Puisque la Loi (διὰ τοῦ νόμου), les Prophètes (καὶ τῶν προφητῶν) 2et les autres écrivains qui leur ont succédé (καὶ τῶν ἄλλων τῶν κατ᾿αὐτοὺς ἠκολουθηκότων) nous ont transmis tant de grandes leçons (…) 7mon aïeul Jésus, après s'être appliqué avec persévérance à la lecture 8de la Loi, 9des Prophètes et 10des autres livres des ancêtres (…) 12en est venu, lui aussi, à écrire quelque chose sur des sujets d'enseignement et de sagesse (…) 24Si l'on considère la Loi elle-même, les Prophètes 25et les autres livres (καὶ τὰ λοιπὰ τῶν βιβλίων), leur traduction diffère considérablement de ce qu'exprime le texte original. (traduction BJ) »
c. Les chapitres 48-49 du Siracide lui-même, œuvre du grand-père du traducteur suscité, qu’on pourrait dater de 180 avant notre ère, attestent qu’il existe déjà un canon des prophètes avec les 3 grands et les 12 petits ; Sir 49, 6-7 contient même une citation de Jérémie.

Notons enfin que l’existence même de la traduction grecque des LXX, au IIIe siècle avant notre ère, montre que la Torah était déjà à cette époque un ensemble bien délimité.

L’état actuel des études bibliques nous permet d’élaborer ce schéma approximatif de l’histoire rédactionnelle des grands ensembles du texte biblique.

b. Fixation du texte et fermeture du canon

Après la destruction du Temple en 70 par les troupes romaines de Titus, la plupart des groupes juifs messianiques sont anéantis ; il ne reste que les Pharisiens, les hommes de l'Ecriture, des synagogues, seuls capables de survivre sans Temple : la nécessité d'une réinterprétation de tout le judaïsme en terme d'écritures se fait sentir.
La discussion au sujet de la liste des livres de la Bible hébraïque s’étend sur une génération, approximativement entre 70 et 130.
Le noyau constitué par la Torah et les Prophètes est bien établi (cf. paragraphe précédent) ; pour les Ecrits, demeurent quelques fluctuations. C’est seulement lors d’une réunion des responsables du peuple juif à Jabneh, au sud de Jaffa, en 90, que les deux derniers livres contestés font leur entrée définitive dans le canon ; ils ne sont de fait jamais cités dans le Nouveau Testament : le Cantique des Cantiques, jugé trop érotique, et l’Ecclésiaste, jugé trop nihiliste, ont fait l’objet de discussions, mais à Jabneh Rabbi Aqiba déclare officiellement qu’ils sont tous deux des livres « qui souillent les mains », c’est-à-dire sacrés.
Les règles qui ont présidé à l’établissement du canon sont simples :
refus des livres extérieurs, c’est-à-dire non reçus comme canoniques en Palestine. Tout le canon est en hébreu (DN commence et finit en hébreu). Suppression de presque tout l'araméen (litt apocalyptique) et de tout le grec (cf. suite), parce que principe de l'ancienneté nécessaire des écrits.
refus de toute influence de l’apocalyptique et du christianisme
cf. Talmud de Babylone, Baba Batra, 14b-15a : liste de 24 livres reprise

Noyau du canon de la Bible hébraïque

Ajouts progressifs dans la canon définitif

TORAH : Œuvres attribuées à Moïse

 

LIVRES PROPHETIQUES :

 

Livres historiques (Prophètes antérieurs)

+ Chroniques
+ Esdras-Néhémie (dans les Ecrits)

Isaïe, Ezéchiel, Petits Prophètes

 

Œuvres attribuées à Jérémie

+ Lamentations

ECRITS :

 

Œuvres attribuées à Salomon (Proverbes)

+ Ecclésiaste
+ Cantique des Cantiques

Histoires romancées (Esther)

+ Ruth
+ Jonas (dans les prophètes)

Œuvres attribuées à David (Ps) ; Job

 

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B. La tradition textuelle de la Bible hébraïque

1. Massore et vocalisation massorétique

Intéressons-nous maintenant à la façon dont ces livres sont arrivés jusqu’à nous. Un petit préliminaire explicatif de l’adjectif « massorétique » nous permettra de comprendre comment se présente un manuscrit biblique en hébreu.
Il dérive du nom des massorètes, savants juifs du Moyen Age qui ont introduit dans et autour du texte biblique des indications pour le rendre à la fois plus fixe et plus compréhensible.

a. La massore


Aujourd’hui, comme dans les manuscrits anciens dont nous disposons, le texte biblique hébreu se présente entouré, comme par « une haie protectrice » (Rabbi Aqiba), d’annotations en araméen, introduites par les massorètes, qu’on appelle la massore. Ce terme vient de la racine du verbe massar qui signifie « transmettre » : d’emblée le texte biblique s’affirme donc comme transmis et reçu, et non donné une fois pour toute par une intervention divine unique. On peut distinguer la grande massore, qui entoure véritablement le texte sur les bords extérieurs de la page, ensemble de commentaires portant sur le sens, qui fonctionne comme un filtre entre le lecteur et le texte sacré puisque l’hébreu se lit de droite à gauche, et la petite massore, dans les marges qui séparent les colonnes, qui donne plutôt des informations d’ordre technique sur l’orthographe, la grammaire, le nombre de mots ou de versets.

b. Les signes massorétiques

Mais les massorètes sont aussi intervenus sur le texte lui-même, en lui ajoutant les signes massorétiques.
Sur les manuscrits les plus anciens en effet, seules les consonnes étaient notées : l’hébreu, langue sémitique, dans laquelle le sens lexical est porté par des racines, généralement de 3 lettres, constituées à partir des 22 consonnes de l’alphabet, ne recourait aux voyelles qu’oralement. On imagine sans peine les ambiguïtés engendrées par l’absence de vocalisation.

En voici un exemple : la racine DBR - daleth-beth-resh - (cf. ci-dessous)

N.B. La traduction grecque des LXX, faite à partir de manuscrits non vocalisés, fourmille d’exemples d’interprétation erronée liée à l’absence de voyelles ; nous n’en citerons que deux ici :
Osée 11, 4 : ’ol (joug), que la LXX comprend ’oul et traduit par nourrisson
1 Règnes 11, 5 : BaQaR (gros bétail), que la LXX comprend BoQeR et traduit par πρωΐ, le matin
Les copistes, soucieux de garantir la compréhension et la transmission fidèle du texte hébreu, recherchèrent donc des solutions.
Une première aide fut apportée par les matres lectionis (litt. « mères de lecture »), des consonnes utilisées comme supports vocaliques pour aider la lecture : Aleph, a pour a, Hê, h pour a, é, o, Wav, w pour ou et o, Yod, y pour i et é, d’où, dans les manuscrits, une orthographe dite pleine (plene) ou défective (defectum) selon qu’ils comportent ou non les matres lectionis.
A partir du 7e ou du 8e siècle de notre ère, les massorètes introduisirent la vocalisation dite « massorétique » : différents petits signes, traits ou points, au-dessus et en dessous des consonnes, pour noter les voyelles, accompagnés de signes de ponctuation, de cantilation, etc. Notons également que les massorètes ont introduit une division en versets numérotés dans les livres, qui a pour l’essentiel servi de base à la division en versets des Bibles chrétiennes.
On peut comparer le texte massorétique avec des manuscrits non vocalisés, car on en a retrouvé à Qumrân : ainsi cet exemple de l’incipit du livre d’Isaïe, dans le ms.1Qba.

vision d’Isaïe, fils d’Amoç, qu’il a vue au sujet de Juda et de Jérusalem

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2. Les témoins du texte protomassorétique connus avant 1947

Remontons maintenant des éditions modernes aux témoins de leur texte source, communément appelé texte protomassorétique.

Avant les découvertes de Qumran en 1947, si l’on excepte le célèbre et très parcellaire papyrus Nash découvert en 1902 et conservé à Cambridge, considéré comme le plus ancien témoin du texte protomassorétique puisqu’il date d’environ 150 avant notre ère, les sources du texte protomassorétique sont des manuscrits médiévaux datant au plus tôt du IXe siècle. Ils sont plusieurs milliers, nous ne retiendrons ici que les quatre codices les plus importants.

Deux codices partiels :
1. Le Codex du Caire (C), copié et vocalisé par Moïse ben Asher en 896, appelé également Codex des Prophètes car il contient les Prophètes antérieurs et postérieurs.
2. Le Codex des Prophètes de Saint-Pétersbourg (P), daté de 916, qui contient les Prophètes d'Isaïe à Malachie
Deux codices complets :
1. Le Codex d'Alep(A), daté de 910-930, qui contenait le texte intégral, mais qui a été gravement endommagé par un incendie en 1947 à Alep : sur 380 folios, il n’en reste plus que 294.
2. Le Codex de Saint-Pétersbourg (L), ex-Léningrad, bonne copie du codex d’Alep, faite au Caire sur des exemplaires d’Aaron ben Moïse ben Asher en 1008/1009 , reste depuis 1947 le seul manuscrit complet du texte massorétique. Il constitue la base de l'édition de la BHK, de la BHS et de la BHQ.

On dispose également de plusieurs milliers de manuscrits médiévaux, complets ou incomplets, de la Bible hébraïque. Dans la seconde moitié du XVIIIe s, deux savants ont entrepris de les collationner : entre 1776 et 1780, Benjamin Kennicott (602 manuscrits) ; entre 1784 et 1788,  J.B. de Rossi (1793 témoins, manuscrits ou imprimés). Leur travail titanesque a abouti à des conclusions à la fois frustrantes pour le chercheur et essentielles : ces manuscrits ne comportent que très peu de variantes, ce phénomène s’expliquant en partie par le fait que les rouleaux des synagogues ne devaient comporter aucune rature ; les variantes cependant relevées proviennent de fautes de copistes ; tous ces textes représentent donc une unique recension et dérivent d’un unique archétype, le texte protomassorétique.
Jusqu’en 1947, on pouvait donc supposer qu’il n’y avait jamais eu d’autre état du texte hébreu que celui dont témoigne le texte massorétique.

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3. Les manuscrits de Qumrân


Dans ce contexte, on comprend mieux pourquoi les découvertes faites dans le désert de Juda, sur la rive occidentale de la Mer Morte, constituèrent une véritable révolution dans le domaine des études bibliques. D’un seul coup, il s’agissait d’une remontée d’un millénaire dans l’histoire du texte, puisque les manuscrits découverts à Qumran en 1947-1956 ont pu être datés entre le troisième siècle avant notre ère et -68, moment où les Esséniens menacés par les légions de Titus et Vespasien doivent quitter précipitamment leurs grottes, et que ceux découverts ensuite à Murabaat en 1951-52, à Nahal Hever en 1960-61, à Massada en 1964, sont tous antérieurs au Iie siècle de notre ère.

a. La bibliothèque biblique de Qumran

Il n’est pas question ici d’entrer dans le détail du corpus qumranien et de ses problèmes spécifiques : on pourra se reporter aux ouvrages cités sur ce sujet dans la bibliographie. Soulignons simplement, avant de nous intéresser à la bibliothèque spécifiquement biblique des Esséniens, la variété des textes retrouvés : manuscrits de textes non bibliques connus par ailleurs, comme le Livre des Jubilés, le Livre d'Hénok ; maunscrits spécifiques de la communauté essénienne de Qumrân, comme la Règle de la communauté, la Règle de la guerre des fils de lumière et des fils de ténèbres, indépendamment des textes bibliques.
En ce qui concerne les textes bibliques, on a retrouvé des fragments d’environ 200 manuscrits distincts : la plupart sont de tout petits fragments, à l’exception notable de deux rouleaux complets d'Isaïe découverts dans la première grotte, Psautier de la Grotte 11 et les nombreux phylactères ; mais tous les livres bibliques, sauf celui d'Esther et Qohelet, sont représentés. La plupart des manuscrits sont en hébreu, dans l’écriture carrée actuellement utilisée ou en écriture paléohébraïque ; mais certains sont aussi en araméen – plusieurs manuscrits de Tobie par ex. ­-, en grec, ainsi quelques fragments des LXX.

Représentation des livres bibliques dans les manuscrits de Qumran
Le Pentateuque, les Prophètes postérieurs et en particulier Isaïe, les Psaumes, soit les textes les plus cités par le Nouveau Testament, ainsi que Daniel, sont bien représentés ; ce n’est pas le cas des Prophètes antérieurs et des écrits de sagesse.

Pentateuque

Nombre de témoins

Prophètes

Nombre de témoins

Ecrits

Nombre de témoins

Genèse

16 à 19

Josué

qq

Psaumes

40

Exode

16

Juges

qq

Job

4+ 1 targ. araméen

Lévitique

12

I Samuel

qq

Proverbes

2

Nombres

7

II Samuel

qq

Ruth

qq

Deutéronome

28

I Rois

qq

Cantique

qq

 

 

II Rois

qq

Ecclésiaste

qq

 

 

Isaïe

21

Lamentations

qq

 

 

Jérémie

6

Esther

-

 

 

Ezéchiel

6

Daniel

8

 

 

Petits prophètes

8

Esdras Néhémie

qq

 

 

 

 

Chroniques I et II

qq

Source : E. Tov, Collectif sous la direction de E.M. LAPERROUSAZ : Qoumrân et les Manuscrits de la mer Morte, Un cinquantenaire., Ed. du Cerf, Paris, 1997, à consulter pour plus de détails.

Si l’on reprend l’hypothèse de répartition d’E. Tov, les manuscrits bibliques peuvent être répartis selon le schéma suivant :
repartition


 

b. Ses enseignements pour l’histoire du texte hébreu

L’étude des manuscrits de Qumran a donc permis de tirer deux conclusions essentielles :
le texte protomassorétique s’est trouvé confirmé : malgré une remontée d’un millénaire dans la traduction manuscrite, le texte des codices d’Alep et de Saint-Pétersbourg a été validé par la comparaison avec les 40% de manuscrits protomassorétiques de Qumran.
Unification dès 70 / Dès le début du IIe siècle, le texte consonantique hébreu est quasient fixé, ce que confirment les manuscrits de Murabat et Nahal Hever datés de 132-135 ap. JC.

- mais il existait d’autres sources, ce qu’on ne pouvait prouver jusqu’alors : le texte dont dérivent les grands manuscrits médiévaux n’était pas le seul en circulation avant la destruction du Temple de Jérusalem. On trouve par exemple des versions longues de certains textes.

après 70 on assiste à une unification du texte

Conclusion

Les processus de fixation du texte et de fermeture du canon juif des Ecritures se sont faits conjointemement, dans le désir du judaïsme d’affirmer fortement son identité face au développement du christianisme notamment. Des formes textuelles divergentes subsistent jusqu’à la fin du 1er siècle avt JC/ milieu du IIe s après JC, puis le texte protomassorétique s’impose au moment même où la liste des livres reconnus comme saints se ferme également.
Abandonnons ici le texte hébreu de la Bible : il va continuer à vivre, au cœur de la liturgie et de l’étude du judaïsme, il va s’enrichir de nouveaux commentaires, être copié de multiples fois ; il deviendra aussi l’Ancien Testament des Eglises de la Réforme ; mais l’histoire de sa lettre s’arrête ici, à l’aube du IIe siècle de notre ère. Celle de ses versions en revanche, qui s’est ouverte avant qu’il ne soit figé, ne fait que commencer, et va contribuer, indirectement, à ranimer des traditions textuelles qu’il avait définitivement occultées.

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II. La (les) Bible(s) grecque(s)

Essentiellement la LXX

  • la plupart des citations du NT viennent de la LXX
  • le vocabulaire théologique de la LXX est devenu celui du christianisme
  • la LXX est l’AT actuel des chrétiens de l’Orient, texte de référence pour les Eglises modernes de rite grec : reçue tardivement comme canon

A. le texte de la LXX

1. Le nom de LXX et la lettre d’Aristée

a. Lettre d'Aristée à Philocrate (SC 89)

texte du 2e siècle avant JC dont l’auteur, qui se présente comme un païen, est en fait juif. Sans doute le plus ancien témoignage de l’Antiquité sur la LXX.

   Ἀξιολόγου διηγήσεως, ὦ Φιλόκρατες, περὶ τῆς γενηθείσης ἡμῖν ἐντυχίας πρὸς Ἐλεάζαρον τὸν τῶν Ἰουδαίων ἀρχιερέα συνεσταμένης, διὰ τὸ σὲ περὶ πολλοῦ πεποιῆσθαι παρ' ἕκαστα ὑπομιμνήσκοντος συνακοῦσαι περὶ ὧν ἀπεστάλημεν καὶ διὰ τί, πεπείραμαι σαφῶς ἐκθέσθαι σοι, κατειληφὼς ἣν ἔχεις φιλομαθῆ διάθεσιν,

[1] « Étant donné, Philocrate,tout l’intérêt que présente la relation de notre ambassade auprès d’Éléazar, le grand prêtre des Juifs, comme tu attaches beaucoup de prix à entendre rappeler dans le détail l’occasion et l’objet de notre mission, j’ai tâché de te faire un exposé clair, car je connais bien ta curiosité d’esprit. » (p. 100-101)

Démétrios de Phalère, fondateur de la bibliothèque d'Alexandrie, suggère au roi lagide Ptolémée II Philadelphe (285-246) de demander au grand-prêtre de Jérusalem "des Anciens compétents dans la science de leur Loi" pour la traduire en langue grecque. Les savants juifs doivent être six de chacune des tribus d'Israël, au total 72, d'où le nom de LXX. Le narrateur raconte comment il a été envoyé pour ramener la Torah et les 72 traducteurs de Jérusalem à Alexandrie.

N. B.: incohérence historique, puisque Démétrios de Phalère était en disgrâce à l'avènement de Philadelphe, mais en activité plutôt sous Ptolémée I Sôter, son prédécesseur de 325 à 285. D’où difficulté pour tirer de ce récit une datation exacte de l’entreprise. Cf. Bible des LXX p. 56-58 et G. Dorival, p. 77: « Aristée savait que la traduction avait été faite à l’initiative de Démétrios pour enrichir la bibliothèque de Ptolémée I Lagos, avant la mort de ce dernier en 282. Il savait aussi que Philadelphe avait intégré la Torah dans son système judiciaire vers 275. Comme ces deux entreprises étaient très voisines dans le temps, il les a volontairement confondues. »

Extrait de la 4e partie (SC 89, p. 230-235)

(301.)   Μετὰ δὲ τρεῖς ἡμέρας ὁ Δημήτριος παραλαβὼν αὐτούς, καὶ διελθὼν τὸ τῶν ἑπτὰ σταδίων ἀνάχωμα τῆς θαλάσσης πρὸς τὴν νῆσον, καὶ διαβὰς τὴν γέφυραν, καὶ προσελθὼν ὡς ἐπὶ τὰ βόρεια μέρη, συνέδριον ποιησάμενος εἰς κατεσκευ ασμένον οἶκον παρὰ τὴν ἠϊόνα, διαπρεπῶς ἔχοντα καὶ πολλῆς ἡσυχίας ἔφεδρον, παρεκάλει τοὺς ἄνδρας τὰ τῆς ἑρμηνείας ἐπιτελεῖν, παρόντων ὅσα πρὸς τὴν χρείαν ἔδει καλῶς. (302.) Οἱ δὲ ἐπετέλουν ἕκαστα σύμφωνα ποιοῦντες πρὸς ἑαυτοὺς ταῖς ἀντιβολαῖς· τὸ δὲ ἐκ τῆς συμφωνίας γινόμενον πρεπόντως ἀναγραφῆς οὕτως ἐτύγχανε παρὰ τοῦ Δημητρίου. (303.) Καὶ μέχρι μὲν ὥρας ἐνάτης τὰ τῆς συνεδρείας ἐγίνετο· μετὰ δὲ ταῦτα περὶ τὴν τοῦ σώματος θεραπείαν ἀπελύοντο γίνεσθαι, χορηγουμένων αὐτοῖς δαψιλῶς ὧν προῃροῦντο πάντων. (304.) Ἐκτὸς δὲ καὶ καθ' ἡμέραν, ὅσα βασιλεῖ παρεσκευάζετο, καὶ τούτοις ὁ Δωρόθεος ἐπετέλει· προστεταγμένον γὰρ ἦν αὐτῷ διὰ τοῦ βασιλέως. Ἅμα δὲ τῇ πρωΐᾳ παρεγίνοντο εἰς τὴν αὐλὴν καθ' ἡμέραν, καὶ ποιησάμενοι τὸν ἀσπασμὸν τοῦ βασιλέως, ἀπελύοντο πρὸς τὸν ἑαυτῶν τόπον.(305.) Ὡς δὲ ἔθος ἐστὶ πᾶσι τοῖς Ἰουδαίοις, ἀπονιψάμενοι τῇ θαλάσσῃ τὰς χεῖρας, ὡς ἂν εὔξωνται πρὸς τὸν θεόν, ἐτρέποντο πρὸς τὴν >ἀνάγνωσιν καὶ τὴν ἑκάστου διασάφησιν. (306.) Ἐπηρώτησα δὲ καὶ τοῦτο· Τίνος χάριν ἀπονιζόμενοι τὰς χεῖρας τὸ τηνι‐ καῦτα εὔχονται; Διεσάφουν δέ, ὅτι μαρτύριόν ἐστι τοῦ μηδὲν εἰργάσθαι κακόν· πᾶσα γὰρ ἐνέργεια διὰ τῶν χειρῶν γίνεται· καλῶς καὶ ὁσίως μεταφέροντες ἐπὶ τὴν δικαιοσύνην καὶ τὴν ἀλήθειαν πάντα. (307.) Καθὼς δὲ προειρήκαμεν, οὕτως καθ' ἑκάστην εἰς τὸν τόπον, ἔχοντα τερπνότητα διὰ τὴν ἡσυχίαν καὶ καταύγειαν, συναγόμενοι τὸ προκείμενον ἐπετέλουν. Συν‐ έτυχε δὲ οὕτως, ὥστε ἐν ἡμέραις ἑβδομήκοντα δυσὶ τελειωθῆναι τὰ τῆς μεταγραφῆς, οἱονεὶ κατὰ πρόθεσίν τινα τοῦ τοιούτου γεγενημένου.(308.) Τελείωσιν δὲ ὅτε ἔλαβε, συναγαγὼν ὁ Δημήτριος τὸ πλῆθος τῶν Ἰουδαίων εἰς τὸν τόπον, οὗ καὶ τὰ τῆς ἑρμηνείας ἐτελέσθη, παρανέγνω πᾶσι, παρόντων καὶ τῶν διερμηνευσάντων, οἵτινες μεγάλης ἀποδοχῆς καὶ παρὰ τοῦ πλήθους ἔτυχον, ὡς ἂν μεγάλων ἀγαθῶν παραίτιοι γεγονότες. (309.) Ὡσαύτως δὲ καὶ τὸν Δημήτριον ἀποδεξάμενοι παρεκά‐ λεσαν μεταδοῦναι τοῖς ἡγουμένοις αὐτῶν, μεταγράψαντα τὸν πάντα νόμον. (310.) Καθὼς δὲ ἀνεγνώσθη τὰ τεύχη, στάντες οἱ ἱερεῖς καὶ τῶν ἑρμηνέων οἱ πρεσβύτεροι καὶ τῶν ἀπὸ τοῦ πολιτεύματος οἵ τε ἡγούμενοι τοῦ πλήθους εἶπον· Ἐπεὶ καλῶς καὶ ὁσίως διηρμήνευται καὶ κατὰ πᾶν ἠκριβωμένως, καλῶς ἔχον ἐστὶν ἵνα διαμείνῃ ταῦθ' οὕτως ἔχοντα, καὶ μὴ γένηται μηδεμία διασκευή.(311.) Πάντων δ' ἐπιφωνησάντων τοῖς εἰρημένοις, ἐκέλευσαν διαράσασθαι, καθὼς ἔθος αὐτοῖς ἐστιν, εἴ τις διασκευάσει προστιθεὶς ἢ μεταφέρων τι τὸ σύνολον τῶν γεγραμμένων ἢ ποιούμενος ἀφαίρεσιν, καλῶς τοῦτο πράσ‐ γεγραμμένων ἢ ποιούμενος ἀφαίρεσιν, καλῶς τοῦτο πράσ‐σοντες, ἵνα διὰ παντὸς ἀένναα καὶ μένοντα φυλάσσηται.

« [301] Trois jours après, Démétrios, venu les prendre, leur fit franchir la jetée de sept stades qui conduit à l’île, passa le pont, s’avança vers le nord, les réunit dans un local préparé près de la plage, magnifique séjour entouré de silence, et les invita à exécuter le travail de la traduction, tout le nécessaire leur étant d’ailleurs assuré. [302] Ils procédèrent au travail en se mettant d’accord entre eux sur chaque point par confrontation. Du texte résultant de leur accord, Démétrios faisait alors dresser une copie en bonne et due forme. [303] Jusqu’à la neuvième heure se tenait leur session, après quoi ils étaient libres de vaquer aux soins du corps, largement pourvus de tout ce qu’ils pouvaient désirer. [304] En outre, chaque jour, tous les mets qu’on préparait pour le roi, Dorothée les faisait confectionner pour eux aussi, car le roi le lui avait ordonné. Dès la première heure, ils se présentaient à la Cour, chaque jour, et quand ils s’étaient acquittés du salut au roi, ils se retiraient dans leur résidence particulière. [305] Après s’être lavé les mains dans la mer, suivant l’usage de tous les Juifs, et aussitôt terminée leur prière à Dieu, ils se mettaient au travail de la lecture et de la traduction de chaque passage. [306] J’ai posé aussi cette question : « Pourquoi se lavent-ils toujours les mains au moment de prier ? » Ils m’ont expliqué que c’était un témoignage qu’ils n’avaient commis aucune mauvaise action, car toute action se fait par les mains ; ils mettaient ainsi beaucoup de goût et de piété à tout rapporter à la justice et à la vérité. [307] Tous les jours, comme je l’ai déjà dit, ils s’assemblaient dans leur quartier si agréable par sa tranquillité et sa lumière, et ils exécutaient l’ouvrage prescrit. Or il advint que le travail de la traduction fut achevé en soixante-douze jours, comme si pareille chose était due à quelque dessein prémédité. [308] Le travail terminé, Démétrios réunit la communauté des Juifs à l’endroit où s’était accomplie l’œuvre de la traduction, et il en fit lecture à toute l’assemblée, en présence des traducteurs, qui furent d’ailleurs accueillis avec enthousiasme par la foule, pour leur contribution à un bien considérable. [309] Ils firent une ovation pareille à Démétrios, et lui demandèrent de communiquer à leurs chefs une copie de toute la Loi. [310] Après la lecture des rouleaux, debout, les prêtres, les Anciens du groupe des traducteurs et des délégués du « politeuma », ainsi que les chefs du peuple, firent cette déclaration : « Maintenant que la traduction a été faite correctement, avec piété et avec une exactitude rigoureuse, il est bon que cette œuvre reste comme elle est, sans la moindre retouche. » [311] A ces mots ce fut une acclamation générale ; alors ils les invitèrent à prononcer une malédiction, selon leur usage, contre quiconque retoucherait la lettre du texte soit en l’allongeant, soit en l’altérant si peu que ce fût, soit en y retranchant : excellente mesure pour le garder à jamais immuable. »

Récit repris par Philon dans la Vie de Moïse II, 25-44 :

« Ils prophétisèrent comme si Dieu avait pris possession de leur esprit, non pas chacun avec des mots différents, mais tous avec les mêmes mots et les mêmes tournures, chacun comme sous la dictée d’un invisible souffleur. (…) Toutes les fois que des Chaldéens sachant le grec ou des Grecs sachant le chaldéen se trouvent devant les deux versions simultanément, la chaldéenne et sa traduction, ils les regardent avec admiration et respect comme deux sœurs, ou mieux, comme une seule et même œuvre, tant pour le fond que pour la forme, et ils appellent leurs auteurs non pas des traducteurs mais des hiérophantes et des prophètes (…)»

Noter l'enthousiasme de départ pour cette traduction dans les mileux du judaïsme, par opposition à la défiance dont témoigne par ex. le Prologue du Siracide (cf. supra) ou par ex., dans le cadre de la polémique anti-chrétienne :

Sefer Torah I, 8 (3e siècle): les Écritures « ne doivent pas être écrites […] en langue grecque. 70 anciens écrivirent la Torah pour le roi Ptolémée en grec, et ce jour fut aussi mauvais pour Israël que le jour où le veau d’or fut fabriqué, puisque la Torah ne pouvait être traduite adéquatement. »

b. les motifs de la traduction en grec

Pourquoi cette traduction? Cf. Bible des LXX p.66-78

Hypothèse longtemps dominante : besoins liturgiques d'une communauté juive dont la langue vernaculaire était le grec, et qui n’était plus en mesure de comprendre l'hébreu. Opinion des spécialistes aujourd’hui : « l’initiative a répondu à des besoins latents de la communauté juive (besoins cultuels, d’instruction et d’apologie) » (Dorival, p. 78), mais n’est pas venue de la communauté juive.

Plutôt, en suivant la Lettre d'Aristée et de nombreux témoignages patristiques postérieurs, initiative du 1er magistrat de l'état lagide et des savants de la bibliothèque d'Alexandrie : politique culturelle universaliste (enrichissement de la bibliothèque) ; souci de connaître de façon précise la Loi des juifs de la communauté alexandrine.

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2. Contenu de la LXX: livres du canon hébraïque et livres deutérocanoniques

- A proprement parler, à l'origine, LXX = Pentateuque, traduction grecque de la seule Torah: he pentateuchos (biblos), "le livre composé de 5 rouleaux". Sens du terme « LXX » dans la tradition juive hellénophone.

- Plus tard, extension de l'appellation à traduction de tous les livres bibliques, mais même à d'autres, compositions originales. Chez Justin, Origène, Eusèbe par ex.

La LXX apparaît alors qu’il existe encore une « fluidité rédactionnelle » (D. Barthélémy) du texte hébreu : canon des Ecritures non clos, transmission du texte et commentaire du texte pas encore nettement séparés. D’où des différences dans le corpus, son organisation, et dans le détail du texte également.

a. Corpus

1. traductions de tous les textes dont l’original est en hébreu ou en araméen et qui appartiennent au corpus du futur TM

2. traductions de textes dont l’original est en hébreu ou en araméen mais qui ne seront pas retenus par le canon hébraïque: mis à part pour le Siracide ou Ecclésiastique dont on a retrouvé une partie du texte hébreu dans la Génizah du Caire en 1890, on ne dispose pas de l’original hébreu ou araméen.

- traduit de l’hébreu :

* livres : Esdras I, Premier Livre des Maccabées, Siracide, Judith, Tobie 13, Psaumes de Salomon

* additions : aux Psaumes (151 ?, Prière de Manassé ?), à Jérémie (Baruch 1, 1-3 et 8), à Daniel (Prière d’Azarias, Histoire des 3 jeunes gens, Cantique des 3 jeunes gens)

- traduit de l’araméen :

* livres : 2 Maccabées 1, 1-2, 18 ; Tobie (sauf 13)

* additions : à Esther, à Daniel (Suzanne ?, Bel et le Dragon)

3. compositions originales en grec :

* livres : Sagesse de Salomon, Deuxième Livre des Maccabées (à partir de 2, 19), Maccabées III et IV

* additions : aux Psaumes (Ct 9, 13 et 14), à Esther, à Jérémie (Baruch de 3,9 à la fin, Lettre de Jérémie)

 

Parmi ces deux dernières catégories, des apocryphes ou pseudépigraphes, non reçus dans le canon par l’Eglise chrétienne, mais utilisés par les Pères ou les anciens écrivains ecclésiastiques : Esdras I, Odes, Maccabées III et IV, Psaumes de Salomon

 

 

Bible hébraïque

Ancien Testament grec

Œuvres attribuées
à Salomon

 

Qohelet

Cantique des Cantiques

+ Sagesse

Œuvres attribuées
à Jérémie

 

+ Lamentations

+ Baruch (1-5)

+ Lettre de Jérémie (Bar 6)

Livres historiques

 

+ Chroniques

+ Esdras-Néhémie

+ Maccabées

Histoires romancées

 

+ Ruth

+ Jonas

+ Tobie

+ Judith

 

 

 

- - Siracide

En fait, la logique de constitution de la LXX est la même que celle du canon hébraïque, mais avec un effet d’amplification :

  • aucun ajout à la Torah ou au Psautier
  • pas d’inflation apocalyptique : une seule apocalypse admise, le livre de Daniel ; pas acceptation du livre d’Hénoch
  • amplifications (cf. tableau)

La Bible catholique (46 livres) suit la tradition du judaïsme alexandrin, intègre ces 7 comme "deutérocanoniques". Bible protestante les considère comme "apocryphes" (svt en annexe)

b. Organisation

Des différences notables par rapport à la Bible hébraïque :

- Octateuque + Règnes

- 4 livres des Règnes au lieu de Samuel-Rois (division du livre de Samuel en deux livres des Règnes, sans doute parce que comme le grec note les voyelles, le texte ne peut pas tenir dans un seul rouleau)

- Daniel suit Isaïe, Jérémie et Ezéchiel

[plus tard, *prophètes placés en finale comme préparation à l'Evangile]

N.B. L’ordre des livres variee selon les grands codices. Le contenu des codices et les listes d’ouvrages canoniques donnés par les Pères ne coïncident pas : divergences selon les régions. Pourquoi ces variations ?

- la LXX n’a pas connu de délimitation canonique (sauf tardivement dans l’Eglise d’Orient)

- les manuscrits circulent sous forme de rouleaux jusqu’aux IIIe-IVe siècles, donc les livres sont séparés

N.B. tableau présenté suit l’ordre de l’édition de référence actuelle, Rahlfs.

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3. Différences avec le texte protomassoretique

Variantes, omissions, additions dans traduction en grec du texte hébreu. Assez peu pour la Torah, mais bcp plus pour les autres livres

a. absence de vocalisation 

les problèmes de passage de l’hébreu au grec : fautes de copistes, ambiguïtés liées à l’écriture hébraïque non vocalisée 

b. sources autres que celles du TM

Ex. 1 : de 1 Rg 2, 20-28 : B et 4Q Sm a

souvent accord entre LXX et 4Q Sama.

Dans les 11 cas où le texte du manuscrit B (Vaticanus) de la LXX s'écarte du TM et où le texte de 4Q Sama est conservé, ce dernier s'accorde toujours avec la LXX contre le TM. Sur l'ensemble 1-2 R, la proportion d'accord est de 8/9.

Le texte grec de 1R transmis par le manuscrit B a donc été traduit sur un modèle hébreu relativement proche de 4Q Sama et différent du texte protomassorétique qui finira par s'imposer.

Extrait de la Bible d’Alexandrie 9. 1

20 et l’homme partit [ils partirent TM] chez lui. 21 Et le Seigneur visita Anna et elle [+ conçut et elle TM] enfanta encore [> TM] trois fils et deux filles. Et le garçon Samuel, grandit devant [avecTM] le Seigneur. 22 Et Éli était très vieux [+ il était âgé de quatre-vingt-dix ans 4Q]. Et il apprit [+ tout TM] ce que faisaient ses fils aux fils d'Israël [à tout Israël, et qu'ils couchaient avec les femmes faisant le service à l'entrée de la tente du rendez-vous TM] 23 et il leur dit : « Pourquoi agissez-vous comme le disent ces propos que j'entends, moi, de la bouche de tout le peuple du Seigneur ? 24 Cessez, mes enfants, car elle n'est pas bonne la rumeur que j'entends, moi ; cessez d'agir ainsi car elles ne sont pas bonnes les rumeurs que j'entends, moi [> TM] : le peuple ne sert pas Dieu. 25 Si un homme pèche gravement [> TM] envers un homme, on priera pour lui le Seigneur ; mais si c'est contre le Seigneur qu'il pèche, qui priera pour lui ? » Et ils n'écoutaient pas la voix de leur père […] 27 Et un homme de Dieu vint vers Éli et il (+ lui TM] dit : « Voici ce que dit le Seigneur : "Assurément, je me suis révélé à la maison de ton père quand ils étaient, au pays d'Égypte, esclaves [>TM] de la maison de Pharaon 28 et j’ai choisi la maison de ton père parmi tous les sceptres d'Israël pour être mon prêtre, monter à mon autel, faire fumer l'encens et porter en main l'éphoud [+ devant moi TM ]." »

Ex. 2 : texte de 1 R 17-18

Texte long (ms. A) et texte court (ms. B) de la LXX en 1 Rg 18

(1 R 18, 1) Et il arriva, lorsqu'il eut achevé de parler à Saül, que l'âme de Jonathan s'attacha à l'âme de David, et Jonathan l'aima comme son âme, (2) et Saül le prit en ce jour-là et il ne le laissa pas revenir à la maison de son père. (3) Et Jonathan et David conclurent une alliance parce qu'il l'aimait comme son âme (4) Et Jonathan se dépouilla du manteau qu'il avait sur lui et il le donna à David ainsi que sa capote, et jusqu'à son épée si jusqu'à son arc et jusqu'à sa ceinture. (S) Et David partait en campagne. Toutes les fois que Saül l'envoya il fut avisé, et Saül l'établit à la tête des combattants, et il plût aux yeux de tout le peuple et même aux yeux des serviteurs de Saül.

(6) Et il arriva, quand ils rentraient, quand David revenait d'avoir frappé l'Étranger, que les chœurs de femmes sortirent de toutes les villes d'Israël à la rencontre de David avec des tambourins, avec des cris de joie et avec des cymbales. (7) Et les femmes entonnaient un chant et elles disaient :

Saül a frappé ses mille,

Et David ses dix mille.

(8) Et la chose parut mauvaise aux yeux de Saül pour ce qui est de cette parole, et il dit : «  A David elles ont donné les dix mille, et à moi elles ont donné les mille. Et qu'a-t-il si ce n'est la royauté ? » (9) Et Saül regardait David, par en dessous à partir de ce jour-là et par la suite.

(l0) Et il arriva, à partir du lendemain, qu'un souffle mouvais de Dieu tomba sur Saül , et il se mit à prophétiser au milieu de sa maison. Et David pinçait de sa main les cordes comme chaque jour, et Saül avait la lance à la main. (11) Et Saül leva la lance et il dit : « Je vais frapper David au mur. » Et David se détourna de devant lui par deux fois.

(12) Et Saül eut peur de David - car le Seigneur était avec lui, et de Saül il s'était écarté - (13) et il l'écarta de lui et il l'établit pour lui chef de mille, et il sortait et il rentrait à la tête du peuple. (14) Et David, dans toutes ses expéditions, était averti, et le Seigneur était avec lui.

(15) Et Saül vie qu'il était très avisé, et il le redoutait. (16) Et tout Israël et Juda aimaient David, car c'était lui qui rentrait et sortait devant le peuple.

(17) Et Saül dit A David : » Voici ma fille aînée Mérob. C'est elle que je te donnerai pour femme. Seulement, soit pour moi un brave et combat les combats du Seigneur. » Et Saül s'était dit : «  Que ma main ne soit pas sur lui ; la main des Étrangers sera contre lui. » (18) Et David dit à Saül  : « Qui suis-je ? et quelle vie mène la famille de mon père en Israël pour que je sois le gendre du roi ?» (19) Et il arriva, au moment où Mérob, fils de Saül, devait être donnée à David, qu'elle fut donnée d Esriêl le Moulathite pour femme.

(20) Et Melkhol, fille de Sedi, aima David, et l’on en informa Saül, et cela convint à ses yeux. (21) Et Saül se dit : « Je la lui donnerai, et elle sera pour lui un piège. » Or la main des Étrangers était contre Saül . – Ainsi Saül dit à David à propos des deux filles : « Tu deviendras mon gendre aujourd'hui. » (22) Et Sedi donna un ordre à ses serviteurs en disant : « Parlez, vous, discrètement à David en disant : ‘Voici que le roi te veut du bien, et tous ses serviteurs t'aiment. Deviens, roi, le gendre du roi !’ » (23) Et les serviteurs de Saül dirent aux oreilles de David ces paroles. Et David dit : « Est-il insignifiant à vos yeux de devenir le gendre du roi ? moi, un homme d'humble condition et sans renom ! » (24) Et les serviteurs de Saul l'informèrent, dans les termes mêmes qu'avait employés David. (25) Et Saül dit : » Voici ce que vous direz à David : 'Le roi ne veut pas de don, mais cent prépuces d'étrangers pour tirer vengeance des ennemis du roi. » Et Saül avait calculé de le faire tomber aux mains des Étrangers. (26) Et les serviteurs de Saul font connaître à David ces paroles, et la proposition convint aux yeux de David : devenir le gendre du roi. Et les jours n'étaient pas accomplis, que (27) David se leva et il alla, lui et ses hommes, et il frappa parmi les Étrangers cent hommes et il apporta leurs prépuces, en nombre complet, au roi. Et il devint le gendre du roi, et Saül lui donne sa fille Melkhol pour qu'elle soit sa femme.

(28) Et Saül vit et comprit que le Seigneur était avec David et que tout Israël l'aimait, (29) et il continua encore à redouter David. Et Saül devint l'ennemi de David à jamais. (30) Et les chefs des Étrangers sortirent en campagne. Et il arriva à chacune de leurs sorties, que David se montra avisé, plus que tous les serviteurs de Saül et son nom fut en grand honneur.

Les « plus » du texte long sont en italique.

* groupe BNy+ : offrent un texte court, avec des "moins" par rapport au TM

37 versets du TM sont entièrement absents du ms B et 10 présentent des lacunes importantes

Au total, 402 mots du TM de 1 R 17-18 ne sont pas rendus en B

* d'autres manuscrits Aboc 2e 2+ offrent un texte long, à peu près identique au TM

* d'autres: formes intermédiaires

sans doute le copiste du manuscrit hébreu qui sert de source à la LXX qui a fait des coupes dans son modèle protomassorétique

Intéressant pour différences des sources, mais aussi pour montrer la grande diversité de textes de la LXX, liée à l’absence de reconnaissance canonique : différences considérables d'un manuscrit à l'autre, contrairement au TM, qui ne se ramènent pas à des fautes de copistes mais sont de véritables variantes.

c. modifications théologiques délibérées

Sujet d’étude immense, à apporter spécifiquement. Ici, juste quelques exemples pour donner des pistes :

- Gn 4, 1 : TM Or Adam avait connu Ève (avant la faute) / LXX Or Adam connut Ève (après l’expulsion)

- introduction de vocabulaire philosophique : tohou wa bohou : invisible et inorganisée

- Ex 3, 14 : «LXX « Je suis celui qui est, l’existant » / TM « Je suis qui je suis » : « entrée par effraction de l’ontologie grecque » (A. Le Boulluec et P. Sandevoir)

- Ex 4, 24 : Le Seigneur (YHWH) vint à sa rencontre (hébreu) / Vint à sa rencontre l’ange (LXX) du Seigneur : gommer anthropomorphismes, préserver la transcendance de la divinité

- Jb 5, 11 : Il exalte ceux qui sont abaissés et les affligés retrouvent le bonheur / exalte les humbles et ressuscite les morts (grec)

- ajouts : ex. Job 42, 17 : Job mourut vieux et rassasié de jours. Il est écrit qu’il ressuscita de nouveau avec ceux que le Seigneur ressuscite

- messianisme : almah jf devient παρθένος (Isaïe 7, 14)

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4. rédaction qui s’étend sur une très longue période

Mais aussi des causes qui tiennent à l’histoire du texte grec lui-même, extrêmement complexe.

La rédaction de la LXX a duré beaucoup plus longtemps que 72 jours :

4 témoignages, non concluants, sur l’éventuelle existence de traductions de la Bible en grec avant la LXX. Citons le plus intéressant, mais motivé par le thème du « larcin des Grecs ».

Si l’on en croit Aristobule, exégète judéo-hellénistique sous Ptolémée VI Philométor (180-145) qui veut montrer la dépendance de la culture hellénique par rapport à Moïse, dont Eusèbe nous rapporte quelques lignes dans la Préparation Evangélique (XIII, 12, 1-2), une traduction partielle de la Loi aurait été faite avant la conquête de l’Egypte par Alexandre (en 332) et par les Perses (en 341) :

« On voit bien que Platon a suivi notre Loi, et l’on voit aussi qu’il en a scruté les moindres détails. Ont été traduits par d’autres, en effet, avant Démétrios de Phalère, donc avant la conquête d’Alexandre et des Perses : la sortie d’Égypte des Hébreux nos compatriotes, le récit glorieux de toutes leurs prouesses, leur mainmise sur le pays et l’explication de la Loi toute entière ; ainsi il est clair que le philosophe en question y a pris beaucoup, vu sa grande érudition, tout comme Pythagore transposa beaucoup de nos dogmes et les fit passer dans sa doctrine. Or toute la traduction de l’ensemble de la Loi s’est faite sous le roi du nom de Philadelphe, ton ancêtre, qui s’en fit un point d’honneur, quand Démétrios eut pris l’affaire en main. »

Des études très complexes, toujours en évolution, pour essayer de dater les traductions des différents livres ou parties de livres : critères externes des citations chez les auteurs anciens ; critères internes (vocabulaire, allusions historiques, techniques de traduction) : cf. Bible des LXX p. 83-111. Aboutissement au tableau suivant :

cf. tableau chronologique.

Extrait de M. Harl, G. Dorival, O. Munnich, La Bible grecque des Septante, Paris 1988, p. 110-111.

  • en italiques, livres écrits directement en grec
  • * origine palestinienne certaine ou très probable (par opposition aux autres d'origine sans doute alexandrine)

Vraisemblablement,

  • traduction de la Torah fixée aux alentours du IIIe siècle,
  • la plupart des autres au cours du IIe siècle.

Motivations pour les autres livres ne sont plus officielles : besoins liturgiques peut-être pour les Prophètes, « besoins d’instruction et de sagesse de la diaspora hellénophone soucieuse de vivre en conformité avec la loi (Dorival, 109). »

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5. Les témoins du texte de la LXX

Spécialistes d’accord depuis les travaux de P. A. de Lagarde sur l’existence d’une proto-LXX dont dériveraient tous les manuscrits actuellement disponibles, mais difficile de la reconstituer.

a. Les témoins directs dont on dispose (du IIe s. av J.C au XVIe s.)

1. les papyri et rouleaux de cuir (sigles : numéros)

Quelques papyri fragmentaires du IIe siècle, surtout d’Égypte : Papyrus Rylands gr. 458 (1e moitié du IIe s avt notre ère, le plus ancien, très lacunaire) ; Papyrus Fouad (Ier s. avt JC) ; fragments de Qumrân (antérieurs à l’ère chrétienne) ; plus tardifs, Oxyr. 3522, Bodmer 24, Chester Beatty VI

2. les manuscrits en onciales (sigles majuscules latines)

Environ 30 manuscrits en onciales (IVe – Xe s) dont les trois plus anciens:

* Codex Vaticanus (B) = Vat gr. 1209, 4 e s.

LXX et NT, presque complet, texte préhexaplaire le plus souvent

* Codex Sinaïticus (S ou a) = British Library

milieu du IVe siècle. Découvert au monastère Ste-Catherine du Sinaï. Lacunaire

* Codex Alexandrinus (A) = Londres Br. Museum Royal

du 5 e s, peu de lacunes, texte éclectique

Citons également les Codex Colberto-Sarravianus (G, 4e-5e s.), codex Coislinianus (M, 7e s) avec en marge leçons des réviseurs juifs et signes critiques de la recension origénienne, codex Marchalianus (Q, Égypte 6e s.) avec des formes textuelles pures, variantes en marge

3. les manuscrits en minuscule (sigles : minuscules latines ou numéros)

Environ 1600 manuscrits en minuscules, IXe – XVIe s, avec parfois éléments textuels très anciens et notes marginales

Pour détail, cf. catalogue de Rahlfs, Verzeichnis…, 1914.

b. les témoins indirects

On a aussi les sources indirectes, les versions (cf. VL) et les citations patristiques, à manier avec précaution :

- manuscrits souvent très postérieurs à la rédaction du texte, d’où corrections des citations bibliques sur d’autres modèles

- flou de la frontière entre allusion et citation biblique 

B. Révisions et recensions de la LXX

corrections des manuscrits grecs de la LXX

par comparaison à des exemplaires du texte hébreu autres que celui qui a été traduit dans le manuscrit considéré : révisions juives, recensions chrétiennes

Avant la copie des grands onciaux, beaucoup de remaniements du texte de la LXX :

  • révisions juives : corrections, démarcations par rapport à la LXX que les chrétiens ont adopté
  • recensions chrétiennes : objectif, fixer un texte utilisable

Une idée sous-jacente commune, même si les motivations divergent : volonté de revenir à l’original reçu ou en cours de réception, protomassorétique, à la veritas hebraïca.

1. Trois révisions juives

a. Théodotion: en Palestine, vers 30-50.

Révise la LXX en la traduisant : traduit systématiquement le wav conjonctif par καί et la particule gam par καί γε , d’où le nom de « versions kaigé » données aux textes dérivant de Théodotion.

Très utilisé en milieu chrétien.

b. Aquila: Mer Noire, sous Hadrien (117-138)

Prosélyte juif, disciple de rabbi Aqiba.

Extrême littéralisme. Traduit le « èt » du COD par sun (avec)

c. Symmaque : Samaritain, vers 170 ap JC

Traduction non littéraliste, appréciée des juifs et des chrétiens

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2. Recensions chrétiennes

La principale demeure celle d’Origène (mort vers 250), dans les Hexaples.

Les Hexaples

Extrait de P. Nautin, Origène, sa vie et son œuvre, p. 304, Beauchesne.

1. présentation

Œuvre majeure d'Origène, unique en son genre. Présentation sur 6 colonnes :

1. texte en caractères hébreux (selon le témoignage d’Eusèbe, H. E. VI, 16, cette colonne n’existait pas)

2. translittération en grec

3. traduction très littérale d'Aquila (A)

4. traduction de Symmaque ( S)

5. LXX : texte courant de la LXX ou recension rendue conforme au texte hébreu

6. traduction de Theodotion: état de la traduction grecque de la Bible en cours chez les Juifs de son époque ( Q)

Problème de l'édition hexaplaire : signes diacritiques

Origène signale les "plus" de la LXX par un obèle, et comble les "moins" de la LXX par le texte d'une autre colonne (Théodotion) qu'il signale par un astérisque.

Pourquoi cette entreprise d’Origène :

  • pour rendre possible la discussion avec les Juifs et défendre l’Eglise contre eux
  • pour trancher en cas de désaccord entre les manuscrits de la LXX, dans un désir de retour à la veritas hebraïca, atteindre le texte original de la Bible.

2. les traces conservées des Hexaples

œuvre dont on ne sait malheureusement presque rien, sans doute l’une des pertes les plus regrettables de textes de l’Antiquité; à reconstituer d'après ses influences

- 4 fragments de synopse conservés, et postérieurs de 5 à 10 siècles à la rédaction

- des colophons, petites notices de copistes en fin ou début de documents : l’emprunt aux Hexaples est souvent mentionné par les copistes.

- des documents ponctuels dans des manuscrits de la Bible grecque

- des citations patristiques (par ex. Theodoret)

- peut-être le Qo de la LXX (Aquila): Field et éd de Göttingen

On a accès à peut-être 5% des Hexaples.

b. la recension origénienne = 5 e colonne des Hexaples

Réduction des Hexaples à la 5 e colonne par les copistes:

Syro-Hexaplaire : traduction en syriaque de la colonne LXX par Paul de Tella en 616/617, très littérale, avec signes critiques à la bonne place. Partiellement conservée dans un manuscrit du 8 e s. (cf Frédéric Field)

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III. Les Bibles latines

On ne connaît pas seulement la LXX par ses témoins directs, mais aussi par les témoins indirects que sont les différentes versions qui en ont été faites. On se concentrera ici sur la version latine,

  • du fait de son ancienneté (avant 250, recension africaine R)
  • à cause de son modèle de texte grec, apparenté aux meilleurs témoins de la LXX

 

Dans l’histoire de la Bible latine, distinguer deux grandes périodes et deux grandes appellations, schématiquement :

  • la période patristique, où les Pères, y compris Jérôme, utilisent une Bible latine traduite du grec (LXX + NT) : vetus latina = l'ensemble des versions latines qui ont été en usage avant que l'une d'entre elles ne s'impose universellement, en évinçant les autres, d’où son nom de Vulgate
  • la période médiévale à partir de l’ère carolingienne, où c’est la Vulgate de Jérôme, traduite essentiellement sur l’hébreu, qui s’impose : Cependant, absurde d’opposer les deux : bien souvent, la Vg n’est qu’une forme de vieille latine.

A- Les Vieilles Latines ou la Bible grecque traduite en latin

Cf. tout particulièrement P. M. Bogaert, La Bible latine des origines au Moyen Age, Revue théologique de Louvain 19, 1988, p. 137-159, 276-314.

Quand le christianisme se répand dans le courant des premiers siècles, la langue courante du monde méditerranéen est le grec. Les chrétiens utilisent donc la LXX pour l'AT et le Nouveau Testament en grec, sa langue d'origine.

1. Origines de la VL

Besoin cependant de la traduction. Vraisemblablement, l’origine de la VL est dans les milieux chrétiens (et non juifs) d’Afrique romaine où l'on parlait latin : la version du grec au latin se fait assez vite, vers le milieu du II e siècle. Puis se répand en Italie : latinisation de la communauté chrétienne de Rome seulement à l’époque du pape Damase.

  • témoignages de Tertullien, qui était bilingue, et des Acta martyrum.

Au temps de Tertullien (155-220), on sait qu'il existe en Afrique un Psautier latin traduit de la LXX, scrupuleusement fidèle au texte grec (Tertullien était bilingue). Mais sa rudesse fait sentir le besoin de réaménagements.

  • Recueils de citations scripturaires de Cyprien

Au IIe siècle, existence d'une Bible latine complète est assurée, lorsque Cyprien (200 env – 258) cite abondamment l'Ecriture dans ses écrits : Ad Fortunatum et Ad Quirinum (3 livres), nommés couramment Testimonia, environ 480 versets. Identité spécifique de ce texte : notamment, nouvelle numérotation des Psaumes.

- Sans doute origine commune des recensions africaine et européennes

- En Italie (à préciser), citations de Novatien vers 250, sans doute dans la dépendance d’une version africaine ayant subi des révisions. En Italie, deux tendances : modification du texte latin d’après le grec (Ambroise), conservation du texte latin (Rufin)

2. Une caractéristique de la Vetus Latina : la vitiosissima varietas

Divergences manifestent des révisions ponctuelles, sur le latin, ou en comparaison avec d’autres versions du texte grec.

Grossièrement, pour le NT, distinguer deux grandes familles de textes grecs :

  • ceux des grands onciaux du Ive siècle
  • les représentants du texte dit « occidental », à la base de la plupart des VL

Pour l’AT,

  • recension dite lucianique (Lucien d’Antioche, début IVe s) à l’origine de VL souvent, formes d’un texte grec très ancien, histoire complexe
  • en tout cas, VL reflète des leçons très intéressantes pour la LXX

Très grande diversité : vitiosissima varietas pour Jérôme et Augustin, nombreux manuscrits de départ aussi, mais à partir de manuscrits de la LXX antérieurs aux grands onciaux. Souvent, les divergences avec la Vulgate s’expliquent ainsi.

Distinctions adoptées dans la VL de Beuron :

  • texte africain ancien (K) : Cyprien
  • texte africain plus récent, notamment donatistes ©
  • texte européen ancien (D), par ex. Lucifer de Cagliari
  • texte italien plus récent (I, M, A)

3. témoins de la VL

Grandes difficultés de la reconstitution de la VL car à partir du Ixe siècle, unification et mise en conformité à ce qui allait devenir la Vulgate, d’où disparition de nombreux témoins. Et pourtant, encore au XIIe siècle chez un auteur comme Bernard, nombre non négligeable de citations VL très instructives pour l’histoire du texte biblique au MA (livres à disposition, bibliques et patristiques ; liturgie)

Comment connaître les Vieilles Latines :

  • des manuscrits parcellaires: tradition pauvre, fragmentée, à partir du Iie s jusqu’au VIIIe siècle inclus, ie pendant la période d’utilisation de la VL. Cf. Codices Latini Antiquiores de Lowe : citons le codex Lyon B. Mun. 403 (fin 6 e s.), Palimpseste de Wurzbourg (6 e s.), manuscrits de Constance (Ve s.) et de Saint-Gall (Ixe s.) pour les Prophètes
  • la tradition indirecte des citations et allusions patristiques, avant le Ixe siècle : principalement, Cyprien, Lucifer de Cagliari, Tyconius, Jérôme, Augustin, Florilèges
  • mais aussi la tradition indirecte des citations et allusions patristiques, avant le Ixe siècle : textes liturgiques préhiéronymiens, manuscrits plus anciens, citations patristiques
  • les Bibles carolingiennes et médiévales, jusqu’au XIIIe siècle: parfois un livre selon la VL dans une Bible conforme par ailleurs à la Vg : en part. Esther, Tobie, Judith, 1-2 Maccabées, Baruch, Actes des Apôtres
  • les textes bibliques des différents rituels liturgiques latins : romain, milanais, franc ou gallican, wisigothique ou mozarabe, en particulier les lectures et les cantiques

Ajouter à cela les gloses ou additions aux traductions de Jérôme

4. outils de travail

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Jérôme (347-420) et la veritas hebraïca

Jérôme s’inscrit dans la lignée des autres versions grecques et de la démarche d’Origène de retour à l’hebraïca veritas.

Préface au Pentateuque, à Desiderius
Quod ut auderem, Origenis me studium provocavit, qui editioni antiquae translationem Theodotionis miscuit, asterisco et obelo, id est stella et veru, opus omne distinguens, dum aut inlucescens facit quae minus ante fuerant aut superflua quaeque iugulat et confodit, maximeque Evangelistarum et Apostolorum auctoritas, in quibus multa de Veteri Testamento legimus quae in nostris codicibus non habentur (...)
" Je me suis cru autorisé à mon entreprise par l'exemple d'Origène qui a inséré dans la version des Septante la traduction de Théodotion. Il a seulement pris soin de la faire reconnaître au moyen de l'astérisque et de l'obèle, employant le premier de ces signes à désigner, en les rendant pour ainsi dire visibles, les passages qui manquaient dans les Septante, tandis que le second transperce comme une flèche et supprime ce que les Septante ont de trop. Mais j'ai surtout été encouragé par l’autorité des Évangélistes et des Apôtres qui ont emprunté à l'Ancien Testament diverses citations dont nous ne trouvons pas trace dans nos manuscrits dérivés des Septante (…)

et multa alia quae proprium συνταγμα desiderant. Interrogemus ergo ubi haec scripta sint, et cum dicere non potuerint, de libris hebraicis proferamus. (...) quod multi ignorantes apocriforum deliramenta sectantur et hiberas nenias libris autenticis praeferunt. Causas erroris non est meum exponere. Quid igitur? Damnamus veteres? Minime (...) non damno, non reprehendo Septuaginta. (...) Sicubi tibi in translatione videor errare, interroga Hebraeos, diversarum urbium magistros consule.
"Ils font encore d'autres citations dont l'exposé exigerait un traité à part. Or, si nous demandons à nos adversaires d'où viennent ces textes, ils ne pourront nous le dire. Nous, au contraire, nous les trouvons dans l'Hébreu. (…) C'est parce qu'ils ignorent cette provenance que beaucoup cherchent en la rêverie des apocryphes la solution du problème des citations bibliques. Expliquer pourquoi les Septante ont rendu inexactement le texte hébraïque que n'est pas mon affaire. Est-ce à dire que je condamne les anciens ? Pas le moins du monde. (…) Non, je ne condamne pas les Septante (…) Si vous croyez qu'il y a dans ma traduction des passages inexacts, interrogez les Hébreux, consultez les maîtres des diverses villes. (trad. C. Ollivier )

 

Mais ce n’est pas une position immuable qu’il aurait eu dès le début de son activité d’exégète et de traducteur.

a. A Rome (382-385)

Sous l'impulsion du pape Damase (366-384), en tout cas c’est le destinataire de la dédicace, Jérôme

  • révise les Évangiles latins d’après des manuscrits grecs de type Koinè
  • entreprend de réviser la vieille version latine sur le texte de la LXX. Jérôme travaille sur une VL et pratique la variatio (cite en changeant des mots)
  • Révise aussi un Psautier vieux latin qui n’a pas laissé de traces connues.

Bien voir que NT et Psaumes sont les textes les plus utilisés, et de très loin

A Bethléem (après 387)

Jérôme arrive à Bethléem en 385/386; après avoir recopié les manuscrits hébreux de la synagogue de Bethléem, il commence à traduire la Bible en latin à partir du texte hébreu. (390-405).

Commence à traduire la version hexaplaire des LXX (avec astérisques et obèles)

Publie un nouveau Psautier Latin (ensuite dit Gallican, qui deviendra le psautier de la Vulgate), une traduction de Job

Début du travail de Jérôme sur la LXX pour faire une révision du texte

A accès aux Hexaples d’Origène à la bibliothèque de Césarée de Palestine

Traduit les Psaumes d’après les LXX : version liturgique actuelle

Se forme encore plus à l’hébreu auprès d’un rabbin qui lui donne des leçons la nuit.

  • traduit très bien les livres historiques
  • traduit Tobie et Judith de l’araméen
  • Sa traduction ne devient Vulgate qu’aux premiers temps de l’ère carolingienne.

Autant de textes de la LXX qu'il y a d'exemplaires: d'où désir de retour à la veritas hebraïca

2.

Att.: toute la Vulgate n'est pas la trad de saint Jérôme. Il n'a pas traduit les livres de l'AT écrits en grec (deutérocanoniques)

Att. Aux psaumes : 2 versions

- sur la page de gauche, version la plus utilisée, mais en fait simplement retouchée à partir de vieilles latines = Psautier Romain en usage jusqu’à saint Pie V (1566-1572)

- sur la page de droite, traduction à partir de l’hébreu des Hexaples, introduit dans la Sixto-Clémentine, mais tombée en désuétude : Psalmi iuxta Hebraeos

- traduction à partir du grec des LXX = Psautier Gallican

Un trait caractérisitique :

  • Quand on a foedus ou pactum pour désigner l’alliance, trad. de l’hébreu par Jérôme (berît)
  • Quand on a testamentum, c’est un texte traduit ou seult révisé sur le grec, par Jérôme ou non (διαθήκη)

C. Le compromis de la Sixto-Clémentine

A partir de 600 env., en Occident, toutes les citations ou presques sont celles de la traduction de Jérôme sur l'hébreu. D'où le nom de Vulgate (sauf le Psautier)
Au Concile de Trente, consécration de la Vulgate clémentine, compromis entre VL et Vg

Depuis 1590 – 1592, les Eglises d'Occident utilisent la Vulgate sixto-clémentine, promulguée par les papes Sixte-Quint puis Clément VIII. Il s'agit d'une édition critique. Les deutérocanoniques y suivent le texte de la Vetus Latina

Jusqu'au XVIIe s. inclus (ex. traduction de Lemaistre de Sacy), les traductions françaises catholiques et même protestantes sont faites sur la Vulgate.

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Page réalisée par Laurence Mellerin. Les ouvrages cités dans la bibliographie ont été utilisés passim pour la rédaction de cette présentation, ainsi que certains documents de Michel Lestienne et Dominique Gonnet.


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