Introduction du premier volume

 

La Bible, « le Livre » comme on l’appelle souvent, est un ouvrage prestigieux. Traduite dans presque toutes les langues, best-seller de tous les temps, elle est le fondement spirituel et éthique de notre civilisation occidentale ; mais elle est aussi une source intarissable d’inspiration : depuis des siècles, poètes, écrivains, artistes y puisent matière à réflexion et développent ses thèmes ou ses mythes en les enrichissant sans cesse. Elle est pour tout homme, qu’il se dise croyant ou athée, une référence culturelle incontournable.

Cependant, on se contente la plupart du temps d’en connaître de loin quelques pages ou épisodes, sans revenir à sa lettre même. Cette paradoxale méconnaissance du livre le plus édité du monde s’explique par sa constitution même : résultat d’années de compilations, de réécritures, la Bible est d’un accès difficile : bien souvent l’impression de confusion s’impose, tant les doublets de récits, les retours en arrière, les traces de mentalités ou d’époques de rédaction différentes abondent. Sa lecture présuppose de nombreuses connaissances contextuelles, historiques et théologiques.

 

C’est parce que nous sommes convaincus, malgré ces difficultés, de l’utilité d’un retour à la source biblique pour comprendre les mythes qui se sont développés autour d’elle que nous proposons ce recueil. Il peut certes paraître étonnant, voire présomptueux, qu’un groupe d’une dizaine d’étudiants en première année de lettres s’attache à une étude si ardue. Mais c’est précisément le manque de connaissances préalables et le désir d’éclairer les œuvres par exemple littéraires qui s’inspirent de la Bible qui sont à l’origine de notre travail : nous voudrions proposer ici un parcours de lecture, sans prétention scientifique, mais suffisamment informé cependant pour être utile à ceux qui, étudiants ou lecteurs simplement curieux, souhaiteraient nous suivre dans notre double démarche d’apprentissage et de transmission de nos découvertes. Il s’agissait en effet pour nous, au cours de ce travail de deux semestres universitaires, d’acquérir des méthodes de recherche, de rédaction, de composition, mais aussi de présenter une réflexion réelle sur des mythes bibliques qui nous semblaient essentiels à la compréhension de la culture contemporaine.

 

L’architecture de ce volume reflète cette double démarche : chaque chapitre est le fruit du travail d’un ou plusieurs étudiants et traite d’un mythe ou d’un thème, l’ensemble suivant la chronologie des événements bibliques. Des lacunes et des déséquilibres demeurent : en effet, parmi les multiples sujets d’étude possibles, nous n’en avons retenu que quelques-uns, au gré de nos centres d’intérêt personnels. Ce recueil ne prétend donc nullement à l’exhaustivité. Cependant, notre choix de l’Ancien Testament, et principalement des livres de la Genèse et de l’Exode, ne saurait s’expliquer uniquement par un manque de temps pour traiter de l’ensemble de la Bible. Il nous a en effet semblé que les récits du Nouveau Testament, relevant plus spécifiquement d’une culture chrétienne, appelaient une approche différente ; par ailleurs, la plupart des mythes fondateurs de la Bible sont concentrés au commencement du Pentateuque : création du monde et de l’homme, apparition du mal dans le monde – la « chute » d’Adam et Eve, le fratricide de Caïn , déchaînement de la punition divine face aux péchés des hommes — le Déluge, Babel, Sodome et Gomorrhe— ; mais aussi figures emblématiques du monde biblique et de l’alliance entre Dieu et son peuple : Abraham, Jacob, Moïse sur lequel nous nous attarderons tout particulièrement, car le récit de l’exode du peuple hébreu hors d’Egypte est riche en épisodes célèbres : théophanie du buisson ardent, dix plaies d’Egypte, traversée de la Mer Rouge, adoration du veau d’or, … Mais l’on trouvera aussi quelques incursions dans d’autres livres bibliques, présentant des figures majeures telles que Samson (Juges), David (Samuel), Jonas, ou encore une étude du Cantique des Cantiques. Certaines études sont transversales, thématiques, et ouvrent à des réflexions plus larges : les anges et les démons, l’élection divine.

 

Nous n’avons pas privilégié une présentation des textes « bruts », pensant que le lecteur désireux de retrouver l’émotion de la lecture simple se reporterait plutôt directement à la Bible qu’à un ouvrage de seconde main . Mais nous avons choisi d’approcher le Livre par le biais de la notion de « mythe ». Ce choix mérite explication, car les textes de la Bible, mis à part les onze premiers chapitres de la Genèse qui retracent les origines du monde et de l’humanité et auxquels d’ailleurs une large part de cette étude est consacrée , ne sont pas à proprement parler mythiques, puisqu’ils se fondent dans la réalité d’événements historiques. Mais leur ancienneté, la diversité de leurs sources, la continuité de leur transmission orale puis écrite, leur valeur symbolique et métaphysique, leur qualité littéraire aussi, tout comme le fait qu’ils aient inspiré autant de poètes, d’écrivains, d’artistes, que leur portée morale et leur valeur de référence religieuse soient si reconnues leur confèrent une dimension mythique. Il aurait été inadapté au contexte laïque des études universitaires d’aborder la matière biblique sous un angle théologique ; par ailleurs, les textes nous intéressent non seulement pour eux-mêmes, mais aussi, et peut-être surtout, de par leur statut d’origines : ils sont sources de mythes littéraires, picturaux, et c’est pour mieux comprendre ces réinvestissements que nous avons entrepris ce travail. Ainsi, l’objectif n’est en rien de présenter un commentaire suivi du texte biblique, nous renvoyons pour cela à des travaux d’exégèse, mais plutôt de suggérer des pistes à partir d’une succession d’épisodes, de tableaux, de personnages, qui ensemble constituent la nébuleuse des mythes bibliques.

Chaque chapitre s’efforce donc de donner une présentation du texte biblique puis d’en étudier les répercussions dans la culture occidentale. Mais chacun a sa problématique et sa démarche propre. Pour les chapitres individuels de la seconde partie, le commentaire de chaque texte a été enrichi, développé selon la sensibilité et la volonté de chacun. Un certain nombre de documents iconographiques ou de textes littéraires sont joints aux analyses.

Par ailleurs, une bibliographie à la fin de chaque chapitre permettra à ceux qui le désirent d’approfondir l’étude de tel ou tel thème.

<a name= « intro2 »> Introduction du second volume </a>

 

Ce recueil est le fruit d'un travail réalisé au cours des deux semestres de l'année universitaire 1999-2000, dans le cadre du cours "culture et expression" proposé aux étudiants de DEUG première année. Le thème du cours était « mythes et récits bibliques », sous-partie du grand thème « mythes et religions ».

Contraints par le temps, mais aussi désireux d’aborder des textes dont la portée était reconnue par les trois grandes religions monothéistes, nous avons restreint notre étude à l’Ancien Testament, nous concentrant plus longuement sur les livres de la Genèse et de l’Exode, mais abordant aussi des récits plus tardifs, tels que ceux concernant Samson, David, ou encore Jonas.

Constitués en binômes, nous devions préparer d’une part un exposé destiné à faire connaître l’un des textes bibliques proposés et les principales interprétations que l’exégèse en donnait, d’autre part un dossier étudiant les répercussions et réinterprétations d’un autre récit biblique dans la culture occidentale. Les dossiers, qui constituent le présent recueil, supposent donc connus les acquis des exposés et de leurs reprises en cours. Outre divers exercices écrits complémentaires réalisés pendant l’année — commentaires de poème, de film —, nous avons également préparé des exposés plus spécifiques portant sur une œuvre donnée de la littérature — notamment La Faute de l’Abbé Mouret (Zola), Sodome et Gomorrhe (Giraudoux) —, de la peinture — un retable de Van der Weyden, Le Message Biblique de Chagall — ou du cinéma — A l’ Est d’Eden d’Elia Kazan, Le Décalogue de K. Kieslowski —, la dernière séance étant consacrée aux compositions musicales inspirées par la Bible.

Le volume réalisé ne prétend donc pas rendre compte de notre travail de l’année de façon exhaustive, mais il constitue malgré tout une somme de recherches que nous avons jugé utile de diffuser entre nous et plus largement.

 

N.B. Toutes les références n’ayant pu, faute de temps, être vérifiées, chaque chapitre n’engage que ses auteurs.